
BIOGRAPHIE
Photographe , musicien , compositeur, vidéaste
Photographie, Musique, Résonances
Je viens de l’improvisation. Elle a façonné ma manière d’être au monde avant même de devenir un outil artistique. Que ce soit en musique ou en photographie, je m’attache moins à décrire la réalité qu’à en saisir la vibration — ce moment fragile où quelque chose se transforme, s’oriente, se révèle.
La création, pour moi, n’est pas une posture mais une nécessité : j’avance par écoute, par intuition, par ajustements successifs. Je ne cherche pas à imposer un discours, mais à laisser un instant prendre forme, à capter ce qui se dépose entre un geste, une lumière ou un souffle. C’est ce processus qui m’anime, presque malgré moi : cette manière de laisser le réel entrer, de le laisser résonner, puis de le traduire à ma façon.
La photographie prolonge ainsi mon travail de musicien et d’improvisateur. Après un parcours de contrebassiste — du classique au jazz, jusqu’au flamenco — j’ai trouvé dans l’image une autre forme de respiration. Le déclenchement de l’obturateur, aussi instinctif que le geste d’effleurer une corde, devient une forme naturelle d’improvisation : un dialogue immédiat entre perception et expression. Les contrastes, les ombres, la géométrie des espaces ou l’instant suspendu d’une émotion sont autant de rythmes et de motifs que je capte comme on capte un souffle, une note ou un silence.
Parmi mes expériences musicales les plus marquantes : 1ᵉre partie de Chick Corea, concerts avec Manitas de Plata, collaborations avec Michel Portal et Olivier Portal, tournées internationales avec Manuel Delgado et Mathias Duplessy (Marco Polo), expériences de free jazz et musique contemporaine avec mon frère Franck Bedrossian, ainsi que des projets d’électro-jazz avec Atsilut et Yvan Robillard. Ces expériences nourrissent directement ma perception de l’instant, du rythme et de la résonance, et structurent ma manière de saisir un mouvement ou une lumière en photographie.
Dans mon travail photographique, je ne cherche ni à prouver ni à figer. Mon intention est de laisser émerger une vérité de l’instant, en symbiose avec mes sujets, où le mouvement, la lumière et l’émotion se répondent. Parfois, quelque chose comme un duende — cette force insaisissable, chère au flamenco et à l’improvisation — se révèle dans un souffle, un silence, un remate. L’image alors ne capture pas l’instant : elle le prolonge. Elle continue de vivre à travers celui qui la regarde, qui voit et entend à son tour.
Cette alliance intime entre image et son est au cœur de ma pratique : un art où perception, rythme, présence et écoute composent un espace sensible. Photographe de scènes, de gestes et de visages, je travaille l’instant comme une matière vivante, en cherchant le point d’équilibre entre intensité et retenue. Mon approche puise autant dans la tradition photographique européenne et flamenco — de Cartier-Bresson à Rafael Garzón — que dans la dimension performative de la musique improvisée, où chaque geste et chaque souffle sont essentiels.
Parallèlement à la photographie, je développe une activité de réalisation, de captation et de montage vidéo — notamment de concerts et performances — comme une autre manière de modeler le temps et de laisser circuler l’énergie d’un moment artistique.
